Il y a des voix qui appartiennent à leur époque. Et il y a la voix d'Édith Piaf, qui semble appartenir à tous les temps à la fois. Soixante ans après sa mort, ses chansons passent dans les cafés de Tokyo, dans les films américains, dans les spectacles de danse contemporaine, dans les mariages comme dans les cérémonies d'État. Comment expliquer une telle pérennité ?
Une enfance de légende — et de douleur
Née Édith Giovanna Gassion le 19 décembre 1915 à Paris, dans le quartier de Belleville selon la légende (la réalité est un peu plus prosaïque), elle grandit dans la misère. Sa mère, chanteuse de rue, l'abandonne. Son père, acrobate de cirque, l'emmène avec lui sur les routes. Elle chante dans la rue dès l'enfance, récoltant quelques sous dans les chapiteaux ou sur les trottoirs de Pigalle.
C'est Louis Leplée, directeur du cabaret Le Gerny's, qui la repère en 1935. Il lui donne son surnom — la Môme Piaf, le moineau — et lui offre sa première vraie scène. Elle a vingt ans. Sa carrière durera vingt-huit ans. Et ses chansons, elles, ne finiront jamais.
La voix : une physique de l'émotion
Ce qui frappe dans la voix de Piaf, c'est d'abord son étrangeté. Elle ne rentre dans aucune case — ni soprano, ni mezzo, ni alto classique. C'est une voix populaire qui a la force d'une voix lyrique, une voix de cabaret qui porte en elle toute la grandeur de l'opéra.
« Elle chantait comme si chaque chanson était la dernière. Comme si sa vie en dépendait. » — Un musicien de son orchestre
Les musicologues parlent de son vibrato particulier, de sa façon de placer les consonnes, de son articulation quasi théâtrale. Mais il y a surtout quelque chose d'indéfinissable : un sentiment de vérité absolue. On n'entend pas Piaf interpréter une chanson. On entend une femme vivre.
Ses cinq chansons incontournables
Pourquoi les jeunes générations la redécouvrent
Ce qui est remarquable, c'est que Piaf n'est pas seulement un monument du passé. Elle est régulièrement redécouverte par des artistes et des publics qui n'étaient pas nés lors de sa mort. Le film La Môme (2007) avec Marion Cotillard a provoqué un regain d'intérêt planétaire pour son œuvre. Les chiffres de streaming de ses chansons sur Spotify ont été multipliés par dix en dix ans.
Il y a dans sa musique quelque chose qui parle directement à l'expérience humaine universelle : la perte, l'amour fou, la survie, la joie fragile. Ces thèmes ne vieillissent pas. Et tant que les humains aimeront et souffriront, la Môme Piaf aura des choses à leur dire.